L’Espoir

Chaque matin, sans exception, John MacMillan, un sourire gravé sur son visage, se dirige vers la grande fenêtre pour admirer les images et les sons des chevaux gambadant dans le champ. Story by Chris Lomon // Traduction Manon Gravel

Par une matinée grisâtre à Kingston, en Ontario, à environ deux heures de route au sud-ouest d’Ottawa, le « horseman » Standardbred de 53 ans regarde sa bande d’ambleurs et de trotteurs s’amuser de manière ludique par une fraîche journée de la mi-octobre.

« Même maintenant, dans ma situation, j’ai la chance d’avoir d’immenses enclos derrière ma maison », a commencé MacMillan. « Je regarde dehors en ce moment et je vois mes chevaux dans les champs tous les matins. D’une certaine manière, cela me fait me sentir normal. Les voir courir et jouer sur le terrain m’apporte de la joie et du bonheur. Vous avez besoin de ces moments de une journée où vous vous sentez malade ».

Il y a un ton indéniable de résilience et de combat dans la voix de MacMillan qui dément l’incertitude à laquelle il a dû faire face depuis le diagnostic qui a changé sa vie ce printemps.

Alors qu’il se rendait à (l’hippodrome) Rideau Carleton pour annoncer les courses de la soirée, il a ressenti un gros mal de tête, incomparable avec tout ce qu’il avait connu auparavant. La douleur était si intense qu’elle l’a poussé à modifier son itinéraire et à se rendre chez le médecin.

« C’est arrivé si vite. J’espérais qu’ils me donneraient quelque chose qui pourrait soulager la douleur afin que je puisse annoncer le programme de fin d’après-midi.  Mais, quatre heures plus tard, j’ai passé un scan du cerveau et s’en est suivi un résultat malheureux, une tumeur. Donc, tout mon monde a changé en quatre heures. 48 heures plus tard, j’étais en chirurgie. »

MacMillan a appris qu’il souffrait d’un glioblastome, une tumeur cérébrale hautement maligne qui provient des astrocytes, les cellules de soutien du système nerveux. Normalement, les astrocytes sont responsables de nombreux rôles, notamment celui de fournir des nutriments aux neurones, de maintenir la barrière hémato-encéphalique et de moduler la neurotransmission (la façon dont les neurones communiquent entre eux).

Selon le site Web de l’UCSF Brain Tumor Center, les glioblastomes se développent souvent dans les hémisphères cérébraux du cerveau, mais peuvent survenir dans presque toutes les zones du cerveau ou de la moelle épinière. Ils sont particulièrement malins, étant donné que les cellules tumorales prolifèrent rapidement et sont soutenues par un vaste réseau de vaisseaux sanguins.

Malgré les thérapies modernes, la survie médiane des personnes atteintes de la maladie est de 14 mois.

« Je me repose, je prends mes pilules [de chimio], puis je vais à la radiothérapie à midi. Malheureusement, c’est ma routine ces jours-ci. C’est un changement complet de vie car à partir de là, tout ton corps commence à se dégrader.

MacMillan, connu dans l’entourage des courses de chevaux de l’Ontario pour son optimisme inébranlable et sa détermination tranquille, est pleinement conscient de ce que les probabilités disent de ses chances.

Malgré cela, l’homme qui a commencé à travailler avec les chevaux au milieu des années 1980 à Kingston Park avec le regretté Ted Huntbach ne veut pas abandonner le combat.

« Il faut lutter contre la maladie mais en même temps, je ne veux rien abandonner de ma vie actuelle », a déclaré MacMillan, qui, après avoir obtenu sa maîtrise en administration des affaires à l’Université Queen’s, a été annonceur, secrétaire des courses et directeur général de Rideau Carleton avant de commencer à entraîner des chevaux à temps plein en 2000.

« J’entraîne encore quelques chevaux et j’annonce toujours les courses. Je vais à l’écurie quelques heures chaque jour et j’essaie encore de ferrer un peu aussi. Il s’agit simplement de s’adapter, en fonction de ce que vous ressentez ce jour-là, de gérer vos médicaments, de gérer votre sommeil et votre alimentation, tout en essayant de faire de l’exercice. C’est ma nouvelle normalité pour le moment. Lorsqu’on vous annonce que vous êtes au stade 4 et qu’il vous reste six à douze mois à vivre, cela suscite beaucoup d’émotions.  Mais cela vous met également au défi d’y faire face de front.

« M’apitoyer sur mon sort, dit-il en riant, ce n’est pas une option. »

Au lieu de cela, il trouve du réconfort et des encouragements dans tout ce qui concerne le Standardbred.

Le 15 octobre, il se trouvait dans l’un de ses endroits les plus précieux, au-dessus de l’ovale de cinq-huitième de mille à Rideau Carleton, annonçant une carte de 10 courses.

L’un des chevaux en compétition ce soir-là était Dylans Bank, un ambleur que MacMillan entraîne et don il est le propriétaire.

Le hongre brun de six ans, avec Jimmy Gagnon sur le sulky, a pris les devants dès le départ et menait par une longueur dans l’entrée du dernier droit dans le « Preferred Handicap » de 10 000 $.

Aladdin, le favori à 6/5 au tableau, est arrivé de loin et semblait avoir rattrapé le négligé à 17/1 Dylans Bank.

Au fil d’arrivée, Dylans Bank a tenu bon pour enregistrer une victoire âprement disputée en 1:51. C’est le même cheval qui a gagné le 16 mars à Flamboro Downs, avec une cote de 22/1, et qui a aidé MacMillan à dépasser les 10 millions de dollars en bourse en carrière comme entraîneur.

Cette victoire pourrait peut-être être perçue comme un moment qui reflète le parcours actuel de MacMillan, l’espoir qu’un « long shot » se réalise.

Mais comme c’est toujours le cas lorsque MacMillan est dans la cabine de l’annonceur, la course n’a jamais pour but de s’attirer les bonnes grâces dans sa description.

« C’est quelque chose pour lequel je veux toujours rendre les expériences aussi bonnes que possible, pas seulement pour les fans, mais pour chaque cheval participant à la course. Étant dans l’industrie en tant qu’entraîneur, on sait que l’ouvrage faite sur le cheval à 50/1 a été aussi difficile que pour le cheval coté à 1 pour 1. Je veux leur donner une description tout aussi intéressante, qu’ils terminent troisième ou en dehors de l’argent. Je veux que tout le monde sente que son cheval est remarqué. »

« Quand ils gagnent - je suis très heureux quand c’est un négligé qui gagne - j’essaie également de mentionner autant de personnes que possibles qui sont impliquées dans le succès du cheval. J’ai hâte que les palefreniers sortent de la voiture et entrent dans le cercle des vainqueurs pour pouvoir annoncer leurs noms. L’entraîneur, le propriétaire, le conducteur et le cheval sont toujours reconnus, mais je tiens à mentionner le plus de personnes possibles car ils font tous partie du processus. »

Ces mêmes personnes font également partie d’un groupe beaucoup plus vaste – dont le nombre continue de croître presque quotidiennement – qui tend la main pour soutenir MacMillan.

Cet encouragement sincère n’est pas passé inaperçu ni méconnu.

« C’est sensationnel de savoir que ces gens prennent le temps de me contacter, des gens de provinces où je ne suis jamais allé. Ils doivent regarder Rideau Carleton ou me connaître d’une manière ou d’une autre. J’ai passé beaucoup de temps à Mohawk quand j’étais plus jeune, donc il y a des gens qui se souviennent de moi et qui m’ont contacté. Tout le monde dit la même chose, d’appeler si j’ai besoin de quelque chose. Ça fait plaisir à entendre. J’ai beaucoup coursé à Montréal et cette communauté se trouve maintenant à Rideau Carleton. Ils nous ont également énormément soutenu. »

« J’en suis à ce point où je ne peux plus vraiment ferrer mes chevaux. En fait, j’ai ferré Dylans Bank en arrière l’autre jour [quand il a gagné] », dit-il fièrement, « mais ça n’a pas été facile. La plupart du temps, je peux peut-être ferrer un pied par jour, mais probablement pas très bien car je ne vois plus aussi bien qu’avant. Je ne peux pas travailler des chevaux des miles rapides parce que je deviens tellement étourdi quand je suis sur le « bicycle ». Donc, des milles en bas de 2:20, c’est trop pour moi. Mais j’ai des amis dans le coin qui viennent m’aider tous les jours. Ce ne sont pas seulement les gens de Rideau Carleton qui m’appellent, me soutiennent et me disent de continuer à essayer. Ce sont des gens de tout le pays. »

Une liste qui comprend le conducteur Louis-Philippe Roy, qui a fait ses débuts à Rideau Carleton avant qu’il déménage ses talents à Woodbine Mohawk.

« C’est quelque chose que beaucoup de gens disent de John, mais c’est un homme de grande classe et très passionné par ce sport », a déclaré Roy. « Il pense toujours aux autres en premier. Ce qu’il vit mets votre propre vie en perspective. Dans le monde des courses, nous nous mettons beaucoup de pression pour des choses qui n’ont peut-être pas d’importance si l’on considère la situation dans son ensemble. »

MacMillan a eu l’occasion d’annoncer les courses à Mohawk en juillet dernier, en remplacement de l’annonceur de la piste Ken Middleton, qui se remet de graves blessures subies lors d’un accident d’entraînement fin juin.

« Je n’étais pas à 100 pour cent parce que les choses avaient commencé à changer, du point de vue de la santé, à ce moment-là. J’ai annoncé trois programmes de courses et c’était très excitant. Tout le monde à Mohawk, y compris les gens de chevaux, m’ont accueilli à bras ouverts. C’était une expérience géniale. »

Un moment fort est survenu le soir du 18 juillet lorsque Roy a conduit Shadrack Hanover à la victoire dans la sixième course.

« C’était agréable d’annoncer la victoire de l’un des chevaux de mon ami », a déclaré MacMillan.

Roy, en plein milieu d’une année très réussie sur le sulky, était reconnaissant d’entendre la voix familière lui souhaiter la bienvenue dans le cercle des vainqueurs Mohawk.

« Cela signifiait beaucoup pour moi », a déclaré le conducteur qui a récemment atteint la barre des 2 400 victoires en carrière. « Cela montre qui est John, et c’est quelqu’un qui est toujours heureux du succès des autres. »

Entre les besoins de repos et les rendez-vous de radiothérapie, MacMillan maintient son lien avec les chevaux et les gens de chevaux.

Bien qu’il ait dû modifier le temps qu’il passe à l’écurie et à l’hippodrome, ainsi que la routine quotidienne qu’il avait depuis des années, MacMillan, qui a été directeur de la « National Capital Region Harness Horse Association », reste passionné par son implication dans tout ce qui concerne Rideau Carleton.

À l’époque où il était directeur général de l’hippodrome, il a déjà attiré 10 000 partisans pour voir le supergroupe The Eagles se produire sur le terrain intérieur de Rideau Carleton.

« J’ai annoncé ma première course là-bas quand j’avais 17 ans et que j’étais encore au secondaire. La piste de courses a toujours fait partie intégrante de ma vie. En tant qu’annonceur de course, vous voyez les gens grandir sous vos yeux. Vous êtes celui qui annonce leur première victoire, et certains, plusieurs années plus tard, vous annoncez leur 3 000e victoire. Les regarder se développer et grandir personnellement et en tant qu’homme (ou femme) à chevaux - lorsque vous regardez votre vie, cela signifie beaucoup pour vous, que vous ayez joué un petit rôle dans la leur. Vous ressentez une infime partie de leur succès. »

« Nous sommes un peu sur une île ici parce que nous sommes très loin des pistes du centre et du sud-ouest de l’Ontario. Il est très difficile de gravir les échelons [si vous êtes] à Rideau Carleton. C’est un long processus si vous voulez rester ici. La communauté des courses – c’est comme sur n’importe quelle autre piste – tout le monde s’entend bien quand les courses sont terminées, mais quand les courses ont lieu, c’est très compétitif. Il y a de très bons gens de chevaux ici. »

MacMillan inclus.

Au 19 octobre, il avait accumulé 1 778 victoires comme entraineur professionnel, plus de 10,2 millions de dollars en bourses et un UTRS en carrière de 0,303, ayant compétitionné partout en Ontario et au Québec depuis 2000. Ces statistiques incluent les victoires de la pouliche ambleuse d’élevage Ontarien Serenity Seelster et du trotteur Stiletto, avec lequel il a remporté sa première victoire comme conducteur sur le circuit de Woodbine en 2003.

La meilleure année de MacMillan a eu lieu en 2007, lorsqu’il a entrainé 184 gagnants et qu’il a obtenu des bourses juste en dessous du plateau d’un million de dollars avec 974 629 $.

« Moi-même, en tant qu’entraineur, au fil des années, je me considère comme un « journalier ». J’ai commencé cela il y a longtemps et je m’essayais aussi fort que possible chaque jour. J’observais les gens et j’essayais d’apprendre de ce qu’ils faisaient. J’imitais ce qu’ils faisaient et j’y mettais ma propre touche. Pour moi, il s’agit toujours d’être présent au travail tous les jours et de faire le meilleur job possible. Avec le recul, je l’ai fait assez longtemps pour avoir construit une carrière décente au fil du temps. J’aurais souhaité pouvoir apprendre que les victoires vont revenir lorsque vous perdrez. Il y a eu des moments où j’ai pris ça trop dur quand je perdais. J’aurais aimé pouvoir apprendre que c’était un processus et que si vous respectez votre programme, les bons moments reviendront. »

MacMillan espère la même chose dans sa lutte contre le cancer.

Malgré les obstacles qu’il a déjà affrontés et ceux à venir, il reste déterminé.

« J’essaie autant que je peux. Je ne peux plus faire tout ce que je faisais avant, mais je suis toujours compétitif et nous continuerons à envoyer les chevaux en course aussi longtemps qu’ils pourront être compétitifs. Je me considère très chanceux pour les 53 années que j’ai vécues. Je suis né fort et résilient, et dans une superbe famille. Les opportunités semblaient venir vers moi. J’ai eu de la chance toute ma vie.  Si c’est ce qui devait arriver, je suis heureux que ce soit arrivé à moi et non à quelqu’un d’autre qui ne pourrait peut-être pas le prendre aussi bien que moi. »

Il y a une date importante marquée sur le calendrier de MacMillan, date qu’il est déterminé à voir.

« Je sais que cela va paraître fou, mais j’ai couru toute ma vie et j’espère toujours participer au demi-marathon de Myrtle Beach en mars. En réalité, il faudrait un miracle absolu. Mes médecins disent que je ne le ferai pas, mais je pense toujours qu’il y a une chance que oui. Je mange bien et je fais tous les exercices que je peux. Les pilules que je prends m’ont fait prendre 25 livres, alors quand ils me les enlèveront, j’espère pouvoir retrouver mon poids normal. Je regarde toujours vers l’avenir. Je dois être réaliste quant à ce à quoi je suis confronté, mais j’essaie toujours de faire de mon mieux. J’essaie de ne pas regarder ou se trouve la fin. »

Au lieu de cela, MacMillan recherche les moments simples, les moments qui lui permettent de se concentrer sur rien d’autre que sur ce qui est à portée de main.

« J’essaie de rester dans le présent et de regarder ce que je peux faire chaque jour. Si vous essayez, vous trouvez des moments qui vous donnent de l’espoir. »

Exactement comme le paysage que MacMillan voit chaque matin lorsqu’il regarde par la fenêtre un champ rempli de chevaux heureux.

Cet article a été publié dans le numéro de novembre de TROT Magazine.

Abonnez-vous à TROT aujourd'hui en cliquant sur la bannière ci-dessous.

Have something to say about this? Log in or create an account to post a comment.